Que faire à Majorque quand on en a marre des brochures touristiques ?
La première fois que j'ai posé le pied à Majorque, c'était en août. Erreur de débutant. Je me souviens encore de la file d'attente devant la cathédrale de Palma, des dizaines de parasols collés les uns aux autres sur la plage de Cala Mayor, et de cette chaleur qui vous colle à la peau dès 9 heures du matin. J'ai passé trois jours à me demander pourquoi tout le monde vantait cette île. Puis j'y suis retourné en mai, et là, j'ai compris. Le problème, ce n'était pas Majorque. C'était moi, et mon timing.
Points clés à retenir
- Le hors saison (mai-juin, septembre-octobre) est le vrai luxe de Majorque : mêmes paysages, moitié moins de monde, prix divisés par deux sur l'hébergement.
- La Tramuntana vaut plus que toutes les plages du sud réunies — villages, randonnées, et des criques secrètes qui n'apparaissent sur aucune brochure.
- Un budget réaliste pour une semaine se situe entre 700 et 1 500 euros par personne, selon que vous louez une voiture et choisissez vos restaurants avec soin.
- Les criques du sud sont saturées entre 11h et 16h en été. La solution : y aller tôt, ou choisir celles de l'est.
- Le Tren de Soller n'est pas un simple trajet, c'est une expérience en soi — mais il faut réserver, surtout le week-end.
- Majorque en octobre reste magnifique : l'eau est encore à 22 degrés, et les prix chutent de 30 à 40 %.
Quand quelqu'un me demande « que faire à Majorque ? », ma vraie réponse est presque toujours : « ça dépend de quand vous y allez ». Et c'est là que la plupart des guides se plantent. Ils vous listent des lieux sans jamais vous dire à quelle heure, à quelle saison, et avec quelle logistique. Résultat : vous vous retrouvez à faire deux heures de route pour une crique bondée, à payer 40 euros un parking, ou à rater la meilleure expérience de l'île parce que vous étiez au mauvais endroit au mauvais moment. J'ai fait toutes ces erreurs. Voici comment les éviter.
Palma : les incontournables (et comment les éviter intelligemment)
Palma mérite au moins deux jours. Mais franchement, la plupart des visiteurs la traverse à toute vitesse entre deux plages, et c'est dommage. La ville a un vrai charme, si on sait où regarder.
La cathédrale et le vieux port : les classiques qui valent le coup
La cathédrale de Palma, les Majorquins l'appellent « La Seu ». Et honnêtement, elle justifie à elle seule le détour. Ce qui est moins connu, c'est que la façade s'illumine d'une manière spectaculaire à l'intérieur grâce à un jeu de vitraux conçu par Antoni Gaudí, oui, ce Gaudí-là, appelé pour une restauration au début du XXe siècle. La lumière traverse les vitraux orientés au sud-est et projette des taches colorées sur le mur opposé — un spectacle qui se produit surtout en matinée, quand le soleil est bas.
Mon conseil personnel : arrivez à l'ouverture, vers 10h. Les groupes arrivent massivement à partir de 11h30. Et le lundi, la fréquentation est généralement plus faible. C'est un détail, mais quand vous êtes dans une salle avec 300 personnes qui cliquent leurs appareils photo en même temps, vous comprenez pourquoi ça compte.
Le château de Bellver, le Tren de Soller et les quartiers authentiques
Le château de Bellver surplombe la ville et c'est l'un des rares châteaux circulaires d'Europe. La vue à 360 degrés sur la baie de Palma vaut chaque marche de la montée. Prévoyez une heure sur place, deux si vous aimez les musées — il abrite le musée d'histoire de la ville, et son entrée est gratuite le dimanche après-midi. Je l'ai appris à mes dépens après avoir payé le tarif plein un mercredi, mais bon, ça finance l'entretien.
Le Tren de Soller, lui, est une institution. Ce petit train à voie étroite, qui date de 1912, relie Palma à Soller à travers les montagnes de la Tramuntana. Le trajet dure environ 30 minutes et serpente dans des tunnels et des viaducs spectaculaires. Je l'ai pris trois fois, et à chaque fois, c'est un plaisir. La gare de Soller a un charme hors du temps, avec son hall en fer forgé. Réservez vos billets en ligne à l'avance, surtout le week-end — les places partent vite, et je me suis déjà retrouvé debout dans le wagon bondé, à regretter de ne pas avoir écouté mon propre conseil.
Pour le reste, le Mercat de S'Oliver vaut une visite le matin, quand les étals sont pleins et que les Majorquins font leurs courses. C'est un marché couvert comme on les aime, avec des produits locaux, des jambons ibériques suspendus et des olives à l'infini. Et le Passeig del Born, la grande avenue arborée, est parfaite pour une promenade à l'ombre en fin de journée. Mais si vous voulez le vrai quartier vivant, direction Santa Catalina, à l'ouest du port — des bars à tapas, des restaurants de quartier, et une ambiance qui n'a rien à voir avec les terrasses pour touristes du centre.
Le vrai secret : la saisonnalité change tout
J'ai testé Majorque à chaque saison. Voici ce que j'ai constaté, sans détour.
De juin à septembre, l'île est pleine à craquer. Les prix de l'hébergement doublent, parfois triplent. En août, une chambre d'hôtel correcte à Palma démarre à 150 euros la nuit, quand elle en coûte 60 en mai. Et les criques du sud, comme Cala Mayor ou Cala Major, sont saturées dès 10 heures du matin. Les files d'attente pour les restaurants, les bouchons sur la route de Andratx — c'est gérable, mais ça demande une organisation militaire.
Le mois de mai, lui, est magique. J'y suis allé en mai 2025 et j'ai marché dans des criques quasi désertes à 9 heures du matin. L'eau était à 18 degrés, un peu fraîche, mais le soleil chauffait déjà bien. Les soirées sont douces, les terrasses se remplissent, et les prix restent raisonnables. C'est, à mon avis, le meilleur compromis.
Septembre est aussi excellent. L'eau a eu tout l'été pour se réchauffer et atteint ses températures maximales, autour de 24-25 degrés. Les familles sont reparties, la rentrée a commencé, et la Tramuntana offre des randonnées magnifiques sous un soleil encore généreux. J'ai fait le tour de la péninsule de Formentor en septembre 2024 et c'était facilement le plus beau moment de mon séjour.
Octobre, c'est l'inconnue. Certaines années, l'été indien se prolonge jusqu'à la fin du mois. D'autres, les premières pluies arrivent dès la première semaine. J'ai eu les deux. En octobre 2023, j'ai passé une semaine entière sans voir un nuage et je me suis baigné tous les jours. En octobre 2025, j'ai eu deux jours de pluie sur sept — mais même la pluie avait son charme, car les villages de la Serra valent aussi sous la pluie, avec leurs rues pavées brillantes et leurs cafés où l'on s'attarde. Et le rapport qualité-prix devient imbattable : j'ai trouvé un bel appartement à Pollença pour 70 euros la nuit en haute saison, il en coûtait 45 en octobre.
Plages et criques : celles qui valent le détour, celles à éviter
La question qu'on me pose le plus souvent : « Quelles sont les plus belles plages de Majorque ? » Ma réponse honnête : ça dépend de ce que vous cherchez, et surtout, de votre capacité à marcher.
Les criques du sud : belles mais bondées
Cala Mayor, Es Trenc, Cala Formentor — ce sont les cartes postales de Majorque, et elles sont superbes. Sable blanc, eau turquoise, criques découpées dans la roche. Le problème, c'est que tout le monde le sait. En haute saison, Es Trenc se transforme en plage urbaine : des centaines de voitures garées le long de la route, des familles qui s'installent dès 9h30, et des vendeurs ambulants qui arpentent le sable. J'y suis allé un 15 août, une fois. Une seule. Ça m'a suffi.
Mon conseil : si vous voulez ces criques, partez avant 9 heures. Vraiment. Vous aurez le sable presque pour vous pendant deux heures, le temps de nager, de lire, de profiter. À 11h, vous serez content de partir — et vous serez sur la route tandis que les autres y arrivent.
Les alternatives moins connues : la côte est et la Tramuntana
La côte est, autour de Cala Ratjada et de la péninsule d'Artà, offre des criques tout aussi belles avec une fraction de la foule. Cala Mesquida, par exemple, est une grande plage de sable bordée de dunes, parfaite pour les familles. Et Cala Torta, plus isolée, demande un peu de marche pour y accéder — ce qui en écarte beaucoup de monde. La route qui y mène est en partie non goudronnée, prévoyez une voiture avec un peu de garde au sol.
Mais mon vrai coup de cœur, ce sont les criques de la Tramuntana. Entre Deia et Valldemossa, il y a de petits sentiers qui descendent vers des calanques secrètes, accessibles seulement à pied. L'eau y est cristalline, le décor sauvage, et vous serez probablement seul au monde. Le chemin le plus facile part du port de Soller : suivez le sentier côtier vers le sud pendant 20 minutes, et vous tomberez sur des petits criques de galets où la baignade est un pur bonheur. Pas de sable blanc, mais une eau transparente et un silence précieux. Pour moi, c'est ça, l'expérience Majorque.
Un itinéraire d'une semaine : la logistique qui change tout
Voici le planning que je recommande après mes allers-retours, et qui a fait ses preuves avec les amis que j'y ai envoyés.
Location de voiture, bus, stationnement : les pièges à éviter
La voiture est presque indispensable si vous voulez explorer l'île. Les bus existent et relient les grandes villes, mais les horaires sont limités le week-end et pendant les heures creuses. J'ai testé le bus pour aller à Valldemossa en semaine : ça fonctionne, mais il faut organiser votre journée autour des horaires, et impossible de faire les criques secrètes.
Pour la location, méfiez-vous des agences low-cost à l'aéroport. J'ai entendu des dizaines d'histoires d'assurances vendues à la pression et de tours de passe-passe au moment de la restitution. Prenez une agence établie, même si elle coûte 10 euros de plus par jour, et vérifiez l'état de la voiture avec le loueur avant de partir — filmez l'extérieur et l'intérieur, ça évite bien des disputes.
Le stationnement à Palma est un vrai sujet. Le centre historique est en grande partie piéton ou en zone résidentielle réglementée. Mon conseil : garez-vous dans un parking couvert en périphérie (comptez 15 à 20 euros pour la journée) et faites le reste à pied. Ça paraît évident, mais j'ai vu des gens tourner en rond pendant 45 minutes pour économiser 5 euros. Votre temps vaut mieux que ça.
Quel budget pour une semaine à Majorque ?
Franchement, ça dépend beaucoup de votre style. Voici ce que j'ai constaté en y allant plusieurs fois, avec des budgets différents.
En mode économique, vous pouvez vous en sortir pour environ 700 euros par personne, hors vol. Ça comprend un hébergement simple en appartement à Palma ou à Cala Ratjada (50-60 euros la nuit en appartement pour deux), une voiture partagée, des repas dans des bars à tapas et des supermarchés, et quelques activités payantes comme le Tren de Soller.
En mode confort, comptez 1 200 à 1 500 euros. Hôtel 3-4 étoiles avec piscine, location de voiture en agence établie, restaurants tous les soirs, et quelques extras : une excursion en bateau, un spa, un bon resto gastronomique. Entre les deux, le juste milieu est très accessible.
Le poste qui augmente le plus vite, ce n'est pas l'hébergement, c'est la nourriture dans les zones touristiques. Un menu simple près de la cathédrale coûte facilement 25 euros, quand le même menu dans un quartier résidentiel en coûte 15. Marchez dix minutes, et les prix baissent d'un tiers. C'est une règle d'or que j'applique dans toutes les villes du monde.
Que faire à Majorque quand il pleut ? Et en hiver ?
Il pleut à Majorque. Même en été, parfois. Et contrairement à ce que disent les brochures, l'île n'est pas un désert de soleil permanent. J'ai eu des journées grises en juillet. Alors autant savoir quoi faire.
Le Palma Aquarium est une excellente option : il est bien fait, avec un grand bassin où l'on peut voir des requins de près, et il plaît énormément aux enfants. Le château de Bellver est aussi un bon plan — l'intérieur se visite et la vue reste spectaculaire même sous un ciel couvert. Et puis, il y a les villages : Valldemossa, Soller, Fornalutx, Pollença. Leurs rues étroites et leurs cafés se prêtent parfaitement à la flânerie sous la pluie. Honnêtement, une journée maussade dans la Tramuntana vaut mieux qu'une journée ensoleillée dans un centre commercial.
En hiver, de novembre à février, Majorque se transforme. Les températures oscillent entre 10 et 18 degrés, les touristes ont disparu, et les Majorquins reprennent possession de leur île. C'est la saison idéale pour la randonnée, la visite des villages, et pour goûter aux plats d'hiver : le tumbet (une sorte de ratatouille gratinée), les frito mallorquin (des abats sautés avec des pommes de terre et des poivrons), et les ensaimadas, ces pâtisseries spiralées à la crème. Les prix sont au plus bas : j'ai trouvé des chambres d'hôtel à 40 euros la nuit en janvier, dans des établissements qui en demandent 120 en août. Si vous cherchez le calme et l'authenticité, c'est la meilleure période.
Un tourisme responsable, concrètement
Majorque souffre de son succès. Les habitants de Palma manifestent régulièrement contre le surtourisme, et il faut les comprendre. L'île attire des millions de visiteurs chaque année, et cette pression se ressent sur les logements, les transports et l'environnement.
Quelques gestes simples, mais vrais : ne laissez rien sur les plages, même pas un mégot ou un gobelet en plastique. Utilisez les fontaines publiques pour remplir votre gourde au lieu d'acheter des bouteilles. Privilégiez les restaurants qui affichent des produits locaux. Et surtout, respectez les zones naturelles protégées : certaines criques de la Tramuntana sont dans des réserves où le camping est interdit et où les feux sont strictement prohibés en été. Les amendes peuvent être salées, mais ce n'est pas la vraie raison de respecter ces règles — la vraie raison, c'est que ces endroits sont beaux parce qu'ils sont préservés.
La question de la langue mérite aussi un mot. Les Majorquins parlent le catalan et l'espagnol, et beaucoup maîtrisent l'anglais. Un simple « bon dia » le matin dans un café, et les visages s'illuminent. J'ai remarqué que les habitants sont beaucoup plus accueillants quand on fait cet effort minimal. Ça semble anecdotique, mais ça change toute la dynamique d'une conversation.
Ce que je ferais si je retournais à Majorque demain
Si vous me lisez en ce moment, voici ce que je ferais demain, avec tout ce que je sais aujourd'hui.
Je réserverais un vol pour la deuxième quinzaine de septembre. J'éviterais les hôtels géants du sud et je poserais mes valises à Soller ou à Deià, dans un petit hôtel de charme avec vue sur les montagnes ou la mer. Je louerais une voiture dès l'aéroport, en passant par une agence établie, et je filmerais chaque rayure avant de partir. Je passerais mes matinées à randonner dans la Tramuntana, mes après-midis dans des criques accessibles à pied, et mes soirées dans des restaurants où les Majorquins mangent — pas ceux qui servent des menus photos.
Je prendrais le Tren de Soller un matin, la cathédrale à l'ouverture, et le château de Bellver un dimanche après-midi. J'irais à Formentor au lever du soleil, quand la lumière est dorée et que les falaises semblent en feu. Et je rentrerais avec ce sentiment étrange que j'ai chaque fois que je quitte Majorque : celui d'avoir à peine effleuré l'île, et de vouloir y revenir pour explorer encore.
Parce que c'est ça, la vraie réponse à la question « que faire à Majorque ». Pas une liste de lieux, mais une manière de la découvrir : lentement, hors des sentiers, en respectant ceux qui y vivent. Le reste — les plages, les criques, les villages — suivra tout seul. Et franchement, c'est la plus belle façon de la voir.